Radio Chevauchoir

Histoires

Texte intégral du livret ‘du chevauchoir au chevauchoir’, paru en 1997

rédigé par Jean-Victor Nassaux GD éditions

Le défi

Parmi les citoyens de Lesves, épinglons la famille Tasiaux. Monsieur Tasiaux, garagiste de profession et son épouse, Simone Marneffe, ménagère, décidèrent d’aller s’installer sur les hauteurs de Lesves, précisément au lieu- dit  » Chevauchoir  » et y construisit un nouveau garage. Leur fils l travaillait avec le père et rêvait de devenir animateur de radio. Ce rêve devint réalité, du moins le croyait- il, car il fut recruté auprès d’une radio locale, radio sept pour ne point la nommer et aujourd’hui disparue des ondes, accepté comme délégué mais malheureusement non comme animateur. Ainsi, tous les jours il allait quêter quelqu’argent et sollicitait sponsors et philanthropes pour le bon fonctionnement de la radio. Il parcourait le territoire de Fosses-La-Ville, ainsi que les alentours. A cette époque il manifestait moins de corpulence qu’aujourd’hui mais il était déjà bon vivant et de bonne rencontre, comme on dit chez nous.

Cependant il ne tardait à se lasser, tant son désespoir était grand de ne pouvoir se manifester sur les ondes.

Le père Tasiaux devinant le désespoir de son fils releva le défi   » Et si nous montions une radio!  »

Fréquence 103,1

L’idée d’installer une radio paraissait aux yeux de Michel tout simplement génial et son rêve se commua en une réalité si longtemps désirée. Le défi était lancé.

Quelques éléments de base, nécessaires à la diffusion des ondes furent achetés promptement et la première émission débuta le 6 mars 1982 à 17 heures 45 sur la fréquence 103,1. Tout le monde sait aujourd’hui que l’émission est propagée sur 105,5 FM.

Certains d’entre vous se posent la question de savoir où avait lieu la retransmission. -Marcel avait tout simplement aménagé un studio dans son bureau. Perché sur un tabouret, à hauteur d’un micro placé sur un coffre-fort, alors que le premier  » Radio Chevauchoir » vibrait sur antenne, notre Marcel enchevêtra le câble du micro et la chaîne des ses lunettes, perdit l’équilibre et, comme la princesse, tomba de sa monture, enfin. ..de son tabouret. Vous vous doutez bien que la situation était précaire et qu’elle ne pouvait s’éterniser. Aussi, fallait-il envisager un site plus approprié.

Marcel, apprenant que la baraque servant d’école à Lesves, était à vendre, sauta sur l’occasion et en fit l’acquisition. Pendant les heures creuses, Michel aménagea la baraque verte. Il l’avait appelée ainsi car elle était barbouillée de couleur verte. On démonta les bancs, agença tout l’intérieur et on dressa la grosse masse de bois et de fer sur l’aire du parking du garage. Montée sur béquilles, elle ne procurait pas toujours la stabilité voulue. Le studio se dessinait petit à petit, il prenait forme. Un petit coin pour la technique, un autre pour les chanteurs ou musiciens et, pour les spectateurs, leur place était plus que réduite. Pour l’insonorisation, rien de tel que des carterons d’ oeufs ; le résultat est parfait et ne demande pas de gros investissements.

Les émissions se déroulaient dans la bonne humeur et le public qui ne pouvait se nicher à l’intérieur, attendait aux alentours du studio. Le chanteur affublé de son micro se retrouvait parfois parmi le public extérieur. C’est en ce bon vieux temps que l’accordéoniste Albert Renier interpréta pour la première fois la marche de Radio Chevauchoir.

Jour après jour, les émissions se succédaient dans une foiie ambiance Mais le destin frappa une première fois  » Le Chevauchoir  » dans la nuit du 20 février 1988, vers 2 heures 15 du matin La baraque s’embrasa en cause, une bûche incandescente glissa du poêle a bois et bouta ainsi le feu a la moquette Au petit matin, on ne pouvait que se lamenter en découvrant les restes du studio complètement calciné.

L´incendie

Le découragement étant un mot banni chez les Tasiaux, la famille retroussa ses manches et se mit au travail dès le lendemain au petit jour. Heureusement, les deux éléments vitaux, à savoir: l’émetteur qui se trouvait dans la maison, ainsi que le pylône de douze mètres qui jouxtait le studio, furent préservés. Marcel, Michel et des autres membres de la famille installèrent un studio de campagne dans leur salle de bains. Muni d’un deck, d’une petite table de mixage et d’un micro, tout cela prêté par de braves auditeurs et des radios consœurs, le studio de fortune était en place. A l’annonce du sinistre, de nombreux auditeurs se concentrèrent sur les lieux du drame. N’oublions pas non plus que quatre mille disques se sont envolés en fumée.

Le mouvement des castors

Pendant cette nuit de malheur. La vie radiophonique ne pouvant se poursuivre dans une salle d’eau, on décida d’ériger, à bref délai, un nouveau bâtiment. C’est ainsi que la volonté et la ténacité l’emportèrent sur le désespoir et contribuèrent à l’édification de ce qui allait devenir le studio actuel.

Au diable la baraque verte! Intrépides comme des castors construisant leurs huttes. Marcel, Simone, Vincent, EET et famille accompagnés de deux bénévoles, se sont mis à l’ouvrage. Il n’a même pas fallu sept mois pour contempler les locaux terminés. Tout le monde vaquait à ses occupations. Maçonnerie, boiserie, peintures, carrelages, cloisons, rien n’était omis. Vincent, habile comme un maçon, monta le comptoir de la cafétéria; premier passage obligé quand vous avez franchi l’entrée du bâtiment. C’est de cet endroit que vous pouvez suivre les interviews émises en direct sur les ondes sans vous empêcher pour cela de déguster un amuse-gueule tout en consommant une boisson.

Une fois la cafétéria en place, on installa la sonorisation ainsi que tout le matériel radiophonique propre à chaque studio. Chacun s’affairait à terminer l’aménagement intérieur, tandis que Simone fignolait les peintures extérieures.

Tout était paré et fin prêt pour le grand jour.

Dans un premier temps, je vous écrivais que le destin avait frappé  » Le Chevauchoir » une première fois, car hélas! Il s’en est suivi une seconde fois C’est intentionnellement que dans le chapitre consacré au staff du Chevauchoir, je ne fais pas mention de ce garçon, deuxième enfant de la lignée, qui s’approcherait aujourd’hui de ses trente-deux ans. -Ce n’est certes pas démesuré de lui dédier un article à sa mémoire

L´accident fatal

Claudy, frère est décédé le 6 août 1990, suite à un accident de voiture. Il devait se rendre à Morville, en vue de démonter le matériel de sonorisation qui avait servi pour la prestation

Malheureusement, il n’arriva jamais à destination, car sur la route de Anthée, à Ermeton-sur-Biert, ébloui par les phares d’une voiture arrivant en sens inverse, il perdit le contrôle de son véhicule et au terme de son embardée, percuta deux arbres. Son camarade Jacquy, assis à ses côtés, se retrouva avec une épaule cassée, tandis que Claudy, sous la violence du choc, fut projeté sur le pare- brise. Coup du lapin, coup fatal, il fut ainsi véhiculé à la clinique de Dinant en même temps que son ami. Ce dernier demeura à la ville des Copères, tandis que l’on achemina notre brave Claudy vers une clinique plus spécialisée, sise à Montigny-le- Tilleul. Le dimanche 6 août vers onze heures du matin, Claudy n’était plus de ce monde.

Mais gardons le souvenir d’un garçon timide, méticuleux dans son travail, qui adorait animer une émission radio. Toujours jovial, disponible, blagueur, boute-en-train, il était le chouchou des auditeurs. A cette époque, il courtisait une jeune dinantaise qui se prénommait Jacqueline. Claudy affectionnait d’être clown, de se produire un jour au cirque. D’ailleurs, n’était-il pas le premier à façonner quelques plaisanteries ou autres farces ? Une petite anecdote vous donnera une idée de ses facéties.

Maman Simone confectionnait avec délice une centaine de galettes par semaine pour le plus grand bonheur des chanteurs et des animateurs. A ce jour, la tradition s’est perdue, tout fout le camp le jour d’aujourd’hui et puis, il faut bien reconnaître qu’en ce temps Ià, le stress n’était pas de mise. Aussi, pour en revenir à notre farceur, ce dernier avait imaginé de glisser un fil à coudre dans une de ces pâtisseries. Le sort avait jeté son dévolu sur la personne de la belle Annie qui se trouvait très gênée de ce qui lui arrivait. Heureusement que Claudy n’avait pas ajouté les aiguilles, elles se seraient retrouvées toutes enfilées !

Sept ans nous éloignent de ce drame., et pourtant son image restera gravée dans nos mémoires. Je crois, que du haut de son nuage blanc, îl doit être fier de sa famille et surtout de ce père désespéré qui voulait tout abandonner après la mort de celui-ci. Soutenu et encouragé par sa femme et ses enfants, il continua ce qu’il avait fondé.

Quand je vous disais qu’il n’était pas superflu de rédiger quelques lignes pour lui tout seul !

Claudy n’aurait certainement pas accepté une défaite.

R.C.L.

Vous avez bien lu: R.C.L. ; une similitude plane avec une appellation déjà connue et pourtant aucun lien n’existe entre les deux. R.C.L., c’est tout simplement Radio Chevauchoir Lesves, dont l’emblème représente une tête de cheval. Souvenez-vous de la légende !

Une fois le nouveau bâtiment terminé, les émissions pouvaient se poursuivre dans des studios flambant neufs.
Les nouveaux locaux furent inaugurés le 30 septembre 1988 à 18 heures précises et la fête s’éternisa les 1 et 2 octobre.

On profita de cette occasion pour solliciter les spectateurs afin d’octroyer quelque espèce sonnante et trébuchante pour renflouer la caisse de la station. Elle en avait bien besoin après l’incendie. Ainsi, tout l’argent récolté servira à l’achat de nouveaux matériels; micros, decks, table de mixage, etc, etc. ..

Il y eut énormément de monde à cette fête. Chemin faisant, une idée germait dans la tête des responsables, à savoir: de recréer la même ambiance une fois par an. Et c’est ainsi que durant le troisième week-end du mois de juin, la fiesta de Chevauchoir bat son plein. En 1897, on connaissait déjà les fêtes de la Guinguette, du Bourdon et du Chevauchoir. Seule, celle du Chevauchoir renaissait de ses cendres.

Cinq membres constituaient l’A.S.B.L Simone, Lysiane, francis jacquy et les bras droit anne michelle , jean francois, nelly

 

Marcel

Comme auparavant, les émissions tournaient à toute allure. L »‘ Apéritif Musette’ du dimanche matin ainsi que les ‘disques demandés’ du jeudi soir, en passant par les ‘invités’ du dimanche après-midi demeuraient immuablement dans la tranche horaire. Pour pouvoir assumer la mouvance des émissions, on fit appel à une pléiade d’animateurs bénévoles. C’est que depuis 1982, il en est passé des animateurs qui se sont relégués. -N’oublions pas que dans la foulée de ceux-ci, les chanteurs et musiciens usaient le sol et faisaient vibrer les murs du Chevauchoir. Parmi les grands du spectacle, et je ne pourrais les nommer tous, mais sachez que quelques-uns de ceux-ci sont passés à Lesves, soit en studio ou mieux encore sous chapiteau lors des fêtes. Vous vous rappellerez sans difficulté, les prestations de Jo Martens, Marc Aryan, Carine et Rebecca , Bézu, Robert Cogoi, Katty Lou (maintenant à l’opéra de Liège), Franck Mickaël, Michel Pruvôt, etc. .. Tous ces artistes ont débuté sur des antennes locales dont R.C.L. -Pour ce qui est des animateurs, le domaine vous est beaucoup plus familier de par le contact auditif journalier. Mais débutons par la tête représentée par la direction de la radio, sans toutefois vous rapporter que plus de 350 artistes différents ont franchi nos studios.

Tout d’abord; la continuité, Marcel, Président à vie dont la belle voix chaude s’est un peu écartée du micro, mais que voulez-vous, quand il faut veiller au grain, on ne peut pas prendre tout sous son bonnet et puis, quelques printemps en plus, vous injectent le sérum de la placidité.